Coup dur pour l'IPTV illégale : la justice ordonne le blocage des DNS alternatifs
C'est une première en France : les fournisseurs de DNS alternatifs vont devoir bloquer l'accès aux sites de streaming illégal et aux services IPTV pirates. Une avancée juridique obtenue par Canal+ dans sa lutte acharnée.
La chasse aux sites diffusant des contenus piratés n'a pas particulièrement faibli ces dernières semaines en France, au contraire ! Pourtant, la justice multiplie les décisions de blocage, mais en vain. Mais les choses pourraient prendre une tournure inattendue. Jusqu'à récemment, les actions judiciaires ciblaient principalement les fournisseurs d'accès à Internet. Ceux-ci étaient chargés de bloquer l'accès à des sites diffusant illégalement des contenus protégés. Toutefois, ces mesures se sont révélées insuffisantes, car de nombreux utilisateurs contournaient facilement ces blocages en modifiant leurs paramètres techniques, notamment en utilisant des serveurs DNS alternatifs proposés par des entreprises comme Google ou Cloudflare.
Mais, dans une décision rendue par la cour d'appel de Paris le 27 mars 2026 marque un tournant. Sur demande de Canal+, la justice impose désormais aux fournisseurs de DNS alternatifs que sont Google Public DNS, 1.1.1.1 de Cloudflare ou OpenDNS de Cisco de participer eux aussi au blocage des sites pirates. Il s'agit de s'attaquer aux outils permettant à ces sites de rester accessibles malgré les blocages et de les forcer à prendre une part active dans la lutte.
Canal+ contre l'IPTV pirate : vers l'implication des intermédiaires techniques
Il faut bien comprendre comment fonctionne le blocage d'un site en France. Lorsque l'un d'eux est jugé illégal, un tribunal peut demander aux fournisseurs d'accès à Internet d'en bloquer l'accès. Pour cela, ils utilisent souvent une technique appelée "blocage DNS". Concrètement, lorsque l'on tape l'adresse d'un site, l'ordinateur demande à un serveur (appelé DNS) de lui indiquer où se trouve ce site. Si le site est bloqué, le serveur DNS de l'opérateur ne donne pas la bonne réponse, ce qui empêche d'y accéder.
Il est toutefois possible de modifier ce réglage sur son ordinateur ou son téléphone pour utiliser un autre service DNS, proposé par des entreprises comme Cloudflare ou Google. Cela peut permettre de contourner le blocage, car ces services ne tiennent pas forcément compte des mêmes restrictions. En ajoutant les DNS à la chaîne de blocage, la justice attaque un maillon jusque-là négligé du contournement.
L'extension de blocage de la justice est considérée comme une première en France. Elle valide l'idée que tous les intermédiaires techniques, même ceux qui ne produisent ni ne diffusent directement les contenus, peuvent être tenus responsables s'ils facilitent l'accès à des services illégaux. La Cour d'appel de Paris a estimé que cette mesure était techniquement réalisable et parfaitement proportionnée face au préjudice subi par les ayants droit.
"Après l'obtention en première instance de décisions de blocage de sites illégaux de streaming par les fournisseurs d'accès à Internet en 2022, puis par les fournisseurs de services de DNS alternatifs en 2024, de CDN, proxy et VPN en 2025, ces arrêts de la Cour d'appel de Paris s'inscrivent pleinement dans la stratégie du groupe visant à contraindre les intermédiaires techniques, de toute nature, à prendre leurs responsabilités dans la lutte contre le piratage audiovisuel", se réjouit Canal+ dans son communiqué. "Plus qu'une victoire pour CANAL+, ces arrêts relèvent d'une approche globale qui sera renforcée par le déploiement progressif de mesures complémentaires, notamment le blocage IP." Il s'agirait là effectivement d'une arme redoutable, qui permettrait de réaliser des blocages techniques à la source tout en condamnant plus largement les utilisateurs à payer des amendes. Notons d'ailleurs que les premières sont tombées un peu plus tôt dans le mois (voir notre article).
