Avec ASCS, toutes les entreprises peuvent utiliser Amazon pour leurs livraisons dans le monde

Avec ASCS, toutes les entreprises peuvent utiliser Amazon pour leurs livraisons dans le monde

Amazon vient d'annoncer l'ouverture de son réseau logistique à toutes les entreprises. Une offre complète, de l'entrepôt à la porte du client, qui change radicalement les règles du jeu pour des millions de sociétés et de consommateurs.

​​​​​​Pendant trente ans, les clients d'Amazon ont bénéficié sans vraiment s'en rendre compte d'une machine logistique extraordinaire. Des entrepôts ultra-automatisés, des camions qui sillonnent les routes de nuit, des avions cargo qui enjambent les continents, une technologie de suivi en temps réel qui permet de savoir à la minute près où se trouve son colis. Tout cela, Amazon l'avait construit pour lui-même, pour tenir sa promesse de livraison en un ou deux jours. Le 4 mai 2026, la société a décidé que cette machine ne travaillerait plus uniquement pour elle.

Avec le lancement d'Amazon Supply Chain Services – ASCS en version condensée –, le géant du e-commerce ouvre pour la première fois son réseau logistique complet à n'importe quelle entreprise dans le monde. Une PME comme un grand groupe industriel peut désormais confier à Amazon le transport de ses marchandises, leur stockage dans ses entrepôts, et leur livraison jusqu'au client final, sans avoir à jongler entre des dizaines de prestataires différents.

La réaction des marchés financiers a été immédiate et sans équivoque. À la Bourse de New York, les investisseurs sanctionnaient UPS de 9,37 % et FedEx de 8,56 %, mais aussi les spécialistes de la logistique XPO de 5,95 % et GXO de 13,11 %. De son côté, Amazon gagnait 1,14 %. Des chutes d'une telle ampleur en une seule journée signalent que les investisseurs ne considèrent pas cette annonce comme un simple ajout de service : ils y voient une rupture structurelle dans un secteur qui croyait avoir trouvé son équilibre.

Amazon Supply Chain Services : la même logique que pour AWS

Pour comprendre l'ambition d'ASCS, il faut revenir en 2006. Amazon fait alors face à un problème classique de croissance : ses serveurs informatiques sont surdimensionnés pour absorber les pics de charge des fêtes, mais sous-utilisés le reste de l'année. Plutôt que de laisser cette capacité dormir, l'entreprise décide de la louer à des tiers. Amazon Web Services naît ainsi, presque par accident, et devient aujourd'hui le leader mondial du cloud, utilisé par des millions d'entreprises sur tous les continents.

Le raisonnement derrière ASCS est identique : Amazon a bâti pendant des décennies une infrastructure logistique pour ses propres besoins, et ouvre désormais cette même infrastructure aux entreprises extérieures, exactement comme AWS l'a fait pour le cloud. Peter Larsen, vice-président d'Amazon Supply Chain Services, l'a formulé clairement : l'objectif est de donner à toute entreprise, quelle que soit sa taille, accès à " la même rentabilité, la même fiabilité et la même rapidité " que celles qu'Amazon a construites pour ses propres clients.

Les moyens mobilisés donnent le vertige. Amazon dispose aujourd'hui d'une flotte de plus de 80 000 camions, de plus de 24 000 conteneurs intermodaux et de plus de 100 avions affrétés par des partenaires. Côté entreposage, l'entreprise compte plus de 175 grands centres de distribution, ou plus de 350 en incluant les sites dédiés au tri et aux livraisons, pour un total de plus de 1 200 sites logistiques de tous types dans le monde. Un réseau que personne, hormis quelques opérateurs historiques, n'a les moyens de construire seul.

© Amazon

Amazon Supply Chain Services : du stockage à la livraison

Le service couvre l'intégralité de la chaîne logistique. Un fabricant peut confier à Amazon le transport de ses matières premières par bateau, avion, camion ou train, la gestion des formalités douanières, le stockage dans les entrepôts les mieux positionnés géographiquement, la préparation des commandes et l'expédition jusqu'au consommateur, sept jours sur sept, avec une promesse de livraison en deux à cinq jours.

Avant même l'annonce officielle, plusieurs entreprises de premier plan avaient déjà rejoint le dispositif. Procter & Gamble utilise les services de fret d'Amazon pour transporter les matières premières vers ses usines et acheminer les produits finis à travers son réseau de distribution mondial. Le conglomérat industriel 3M s'en sert pour relier ses sites de fabrication à ses entrepôts partout dans le monde. Lands' End gère désormais l'ensemble de ses stocks depuis un point unique pour livrer sur tous ses canaux de vente. Et American Eagle l'utilise pour expédier directement ses commandes en ligne aux consommateurs.

Ce n'est pas la première fois qu'Amazon propose des services logistiques à des tiers. Depuis 2006, les vendeurs indépendants de sa plateforme peuvent confier leurs stocks et leurs expéditions via le programme Fulfillment by Amazon. Plus de 80 milliards de produits ont été expédiés dans ce cadre, et les vendeurs ayant adopté l'ensemble des solutions Amazon enregistrent près de 20 % de ventes supplémentaires. Ce qui est radicalement nouveau avec ASCS, c'est l'ouverture à des entreprises qui n'ont aucun lien avec la marketplace Amazon – des industriels, des fabricants, des distributeurs qui vendent leurs produits par leurs propres canaux.

Pour ces entreprises, le bénéfice potentiel est considérable. La gestion logistique est aujourd'hui l'un des postes les plus complexes et les plus coûteux pour une société qui vend physiquement : il faut négocier avec des transporteurs, gérer des entrepôts, anticiper les ruptures de stock, absorber les pics saisonniers. Déléguer tout cela à un opérateur unique, capable de traiter des millions de colis par jour avec une fiabilité éprouvée, change fondamentalement l'équation.

© Amazon

Amazon Supply Chain Services : une confiance à construire

Aussi puissante que soit la proposition, elle n'est pas sans soulever quelques interrogations légitimes pour les entreprises qui envisagent d'y recourir.

ASCS semble pour l'instant fortement orienté vers les entreprises vendant directement aux consommateurs – là où Amazon excelle – plutôt que vers les besoins véritablement industriels, qui requièrent un traitement spécifique, une conformité réglementaire pointue et des services sur mesure. Les opérateurs historiques comme UPS, FedEx ou DHL ont construit depuis des décennies une expertise dans ces domaines complexes que l'automatisation ne remplace pas mécaniquement.

La question de la confidentialité des données mérite aussi d'être posée clairement. Confier sa logistique à Amazon, c'est lui donner accès à des informations précieuses : volumes de ventes, zones géographiques de distribution, rythmes de production, niveaux de stock. Pour une entreprise dont Amazon pourrait un jour devenir un concurrent direct sur son marché, ce partage d'informations représente un risque réel à évaluer soigneusement avant de signer.

Pour le consommateur final en revanche, la perspective est globalement positive. Plus d'entreprises capables de livrer rapidement et de façon fiable, moins de ruptures de stock, une chaîne d'approvisionnement plus fluide : autant de bénéfices concrets qui se traduiront par une meilleure disponibilité des produits et des délais de livraison raccourcis, quelle que soit la boutique où l'on commande.