Airbnb, Booking, Abritel : l'État va tout savoir de vos locations à courte durée
La loi impose désormais aux plateformes de location de courte durée, comme Airbnb, Booking ou Abritel, de transmettre leurs données à l'État. Par le biais de l'outil API Meublés, les collectivités pourront contrôler plus facilement les infractions.
Il y a du changement du côté des locations de courte durée ! Les décrets 2026-196 et 2026-197, publiés le 19 mars 2026 dans le Journal officiel, imposent désormais aux grandes plateformes comme Airbnb, Booking ou Abritel de transmettre régulièrement leurs données d'activité à l'État, et ce à partir du 21 mars 2026.
Ces données doivent être transmises à la Direction générale des Entreprises (DGE) via un nouvel outil numérique baptisé API Meublés, pour ensuite les redistribuer aux collectivités qui en feront la demande. Ces dernières pourront alors savoir automatiquement qui loue quoi, combien de jours et à quelle adresse. Cela marque une nouvelle étape dans l'encadrement de ce secteur en pleine expansion et répond à un enjeu central : concilier le développement rapide des meublés touristiques avec les impératifs de régulation du logement et d'équilibre des territoires.
API Meublés : un guichet unique de centralisation des données
La régulation des logements touristiques de courte durée existait déjà, notamment depuis la loi ELAN, mais elle reposait sur des échanges dispersés et souvent peu efficaces. En effet, jusqu'à présent, les communes devaient demander séparément à chaque plateforme des informations sur les logements loués sur leur territoire. Désormais, toutes ces données sont regroupées en un seul point d'accès, ce qui simplifie considérablement les démarches et améliore la lisibilité de l'activité locative.
Concrètement, les plateformes doivent maintenant envoyer à l'administration, via la Direction générale des entreprises, des données précises sur les logements proposés à la location. Cette transmission se fait de manière régulière, le plus souvent chaque mois, même si les plus petites structures bénéficient d'un rythme trimestriel.
Grâce à cet outil, les collectivités peuvent consulter des informations précises sur chaque logement : nombre de jours de location, adresse exacte ou encore liens vers les annonces en ligne. Ces données sont associées à un identifiant unique, le numéro d'enregistrement, qui permet de suivre un bien de manière fiable. En croisant ces informations avec leurs propres registres, les communes peuvent repérer plus facilement les anomalies ou les infractions, comme le dépassement des durées de location autorisées ou l'absence de déclaration obligatoire. Bref, l'API Meublés met fin à un système opaque.
API Meublés : un secteur qui a besoin d'être encadré
L'un des changements les plus significatifs concerne la détection automatique des infractions. Le dispositif permet notamment de repérer immédiatement les logements qui dépassent la limite légale de location, fixée à 120 jours par an pour une résidence principale, ou un seuil plus bas décidé localement. Dès que ce plafond est franchi, une alerte est envoyée à la commune concernée. Autant dire que les contournements deviendront beaucoup plus difficiles à dissimuler.
Mais qu'en est-il de la vie privée des loueurs ? Chacun est en droit de consulter les données le concernant et de demander à corriger une erreur. En revanche, il est impossible d'exiger leur suppression ou de s'opposer à ce qu'elles soient collectées.
L'enjeu est particulièrement important, car la montée en puissance des locations touristiques a profondément transformé certains marchés immobiliers. Dans de nombreuses villes, la multiplication des locations de courte durée a contribué à réduire l'offre de logements disponibles pour les habitants permanents et à faire grimper les loyers, ce qui alimente les tensions sur le secteur.
Les pouvoirs publics cherchent donc à mieux encadrer ces pratiques sans pour autant les interdire, car elles représentent aussi une source de revenus pour les propriétaires et une offre d'hébergement appréciée des voyageurs. La mise en place de l'API Meublés s'inscrit dans cette logique : il s'agit de rendre les règles existantes réellement applicables, en s'appuyant sur la collecte systématique de données, avec le lot de controverses que cela implique.
