Bientôt un réseau social citoyen et européen sans les GAFAM ?

Bientôt un réseau social citoyen et européen sans les GAFAM ?

La Commission européenne vient d'enregistrer une initiative citoyenne baptisée "Réseau social public européen", qui réclame la création d'une plateforme souveraine, sans publicité et avec un algorithme transparent. Un projet à soutenir !

Avec le comportement imprévisible de Donald Trump vis-à-vis de ses alliés, les appels au boycott se multiplient en Europe, notamment vis-à-vis des plateformes numériques, dont nous dépendons grandement et qui semblent avoir ployé le genou devant leur nouveau président. Même au niveau des réseaux sociaux, la quasi-totalité des plateformes utilisées proviennent des Etats-Unis. Il y a bien eu quelques tentatives, comme BeReal ou Mastodonte, mais elles n'ont jamais réussi à vraiment prendre racine après leur buzz temporaire. Mais les choses pourraient changer ! 

Ce 4 mars 2026, la Commission européenne vient de valider l'enregistrement d'une nouvelle Initiative Citoyenne Européenne baptisée European Public Social Network ("Réseau social public européen" dans la langue de Molière), qui propose la création d'un réseau social public à l'échelle de l'Union européenne. Il serait financé par les habitants de la zone, sans publicité ni revente de données personnelles de ses utilisateurs, et posséderait des algorithmes transparents. 

Réseau social public européen : une plateforme souveraine qui vaut le "coût"

S'il est financé par les citoyens européens eux-mêmes, ce nouveau réseau social ne serait pas pour autant un poids à porter. Chaque Européen connecté à Internet contribuerait à parts égales, ce qui reviendrait à dépenser la somme symbolique d'un euro par an (soit 8 centimes par mois) chacun, selon les estimations. Le financement participatif permettrait de garantir que la plateforme ne dépende ni de la publicité, ni de la vente de données personnelles, ni d'actionnaires privés, ce qui la distinguerait des réseaux sociaux dominants comme Facebook, Instagram, TikTok ou X. Bref, c'est viser l'intérêt public plutôt que l'intérêt commercial !

La principale caractéristique de la plateforme serait son algorithme, qui serait totalement transparent. Au lieu de se voir imposer un fil d'actualité déterminé par défaut, les utilisateurs auraient la possibilité de sélectionner eux-mêmes le mode d'affichage et de recommandation des contenus, afin de limiter l'enfermement dans des bulles d'opinions et la surenchère algorithmique. Les fake news ne seraient pas supprimées, mais assorties d'explications et d'avertissements signalant leur caractère inexact. Enfin, un dispositif clair de vérification de l'identité viserait à empêcher la création de faux profils dès leur inscription.

Enfin, la supervision reviendrait à des instances de contrôle indépendantes, nommées par le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne. Des entreprises ainsi que des universités pourraient également contribuer à la conception et à l'exploitation technique de la plateforme. L'ensemble serait organisé autour d'un dispositif institutionnel exigeant, conçu pour limiter les interférences politiques directes.

Cette démarche, initiée par des citoyens tchèques, marque une étape importante dans la réflexion européenne autour de la souveraineté numérique, même si elle ne garantit pas encore que le projet deviendra réalité. L'enregistrement par la Commission signifie uniquement que l'initiative est recevable juridiquement et peut désormais lancer une collecte de signatures auprès des citoyens de l'UE.

Pour que la Commission soit légalement obligée de répondre au fond de la proposition, il faut rassembler au moins un million de soutiens provenant d'au moins sept pays différents de l'Union. La collecte doit être ouverte dans un délai de six mois, puis atteindre son quota de signatures au cours des douze mois suivants. Et après, il faudra encore attendre que tout cela se mette en place, bien évidemment. Autant dire que ce n'est pas pour tout de suite !